Une aventure Étonnante
Reconnu comme leur père par les trois grandes religions monothéistes, Abraham est l’ancêtre de Moïse, de David, de Salomon, de Jésus-Christ et de Mohamed. On dénombre aujourd'hui environ un juif pour 90 musulmans et 140 chrétiens. Ensemble, ils sont plus de trois milliards de croyants. Abraham est donc un personnage très important qui a eu une influence majeure sur tous les prophètes et les hommes qui l’ont suivi. Il aurait vécu près de 2 000 ans avant Jésus-Christ, à une période qu’on appelle le Bronze moyen.
Depuis les années 1950, et même avant, beaucoup de chercheurs ont essayé de retrouver ses traces dans le but de prouver la véracité de la Bible. Leurs efforts n'ont jamais abouti. Voilà pourquoi, depuis une bonne trentaine d’années, la communauté scientifique en est venue à accepter l’idée que les Patriarches n’ont probablement jamais existé et que leur histoire a été inventée de toutes pièces au 6e siècle avant Jésus-Christ dans le but de raffermir le sentiment d’appartenance des juifs en exil à Babylone.
La démarche proposée permet de comprendre que si les spécialistes n’ont jamais trouvé la moindre trace des Patriarches, ce n’est pas parce qu’ils n’ont pas existé, mais tout simplement parce qu’ils n’ont jamais été à l’origine de la révolution religieuse qu’on leur attribue, parce que le « seigneur » d’Abraham n’était pas un être divin, mais un roi de l’Antiquité.
Trois types de preuves complémentaires se recoupent pour former une démonstration solide et cohérente : elles sont d'ordre logiques, chronologiques et dendrochronologiques.
Les preuves logiques sont sans doute les plus importantes. Ce sont elles qui permettent de comprendre la logique de l’histoire et l’origine du malentendu. Il faut se transposer au Bronze moyen et aborder la lecture du récit des Patriarches avec un regard neuf. À cette époque, beaucoup de rois mégalomanes ont cherché à se déifier. Il suffit de penser aux pharaons égyptiens, ces véritables dieux vivants. Dès que l’on examine le genre de relation qu’Abraham entretenait avec son seigneur, il est surprenant de voir combien son histoire prend un sens beaucoup plus logique et réaliste. On découvre alors un roi puissant, faisant d’Abraham son gouverneur pour la région de Canaan.
Évidemment, la stabilité dans la région exige une descendance. Il faut donc un héritier à Abraham. Mais comme il est aussi le demi-frère de Sarah et qu'ils semblent incapables d’avoir des enfants, Sarah lui offre de coucher avec Hagar, son esclave égyptienne. Voilà comment Ismaël vient au monde. Mais il n’est pas question que le fils d’une esclave égyptienne hérite d’un territoire aussi important. C’est donc le seigneur lui-même qui mettra Sarah enceinte : voilà qui explique la naissance d'Isaac.
Dans la Bible, Dieu demande à Abraham de sacrifier Isaac. Mais si Isaac est vraiment le fils de ce seigneur, ce dernier ne peut demander à Abraham de le sacrifier, car Isaac est le fruit de son sang, engendré dans le but d’hériter. Mais comme Ismaël est né avant Isaac, il pourrait très bien prétendre à ce titre. En toute logique, c’est donc lui que le seigneur aurait dû demander en sacrifice.
Quelqu’un aurait-il déjà suggéré qu’Ismaël est le fils à sacrifier, plutôt qu’Isaac? Oui. Pour les musulmans, c’est Ismaël, et non Isaac, que Dieu demande en sacrifice! Cette divergence fondamentale accrédite la thèse avancée dans le livre, puisque l'une des parties est forcément dans l'erreur...
En parcourant le livre, on se rend compte que cette relecture contextuelle permet de résoudre de nombreuses autres incohérences relevées dans les Écrits.
Mais si cette nouvelle nouvelle interprétation repose sur une base solide, il doit être possible d’en faire la preuve. L'enjeu est de taille : on ne remet pas 3,500 ans d'histoire sans pouvoir défendre sa position. Or, de nombreux indices sur l’âge des personnages nous sont donnés tout au long du récit des Patriarches. Si cette thèse était fondée, on s'attendrait à ce que ces dates soient tout aussi précises. L'âge « fantastique » des personnages bibliques s'explique généralement par leur côté légendaire et mythique. Pourtant, si le récit des Patriarches repose sur des faits historiques, il est clair que les données sont bonnes, mais qu'elles ont été mal interprétées.
Le deuxième type de preuves avancé est d’ordre chronologique. En actualisant les dates de la Bible exprimées à l’origine dans le système sexagésimal, on découvre que toutes les dates du récit (pas seulement quelques-unes) s’inscrivent parfaitement dans le contexte historique du Proche‑Orient. Il devient donc possible de construire une chronologie biblique en situant les événements les uns par rapport aux autres. Il suffit de noter l’âge d’un personnage à un moment précis et de le replacer dans la liste des générations qui l’ont précédé. Comme la chronique des Patriarches s’articule autour d’Abraham, l'ensemble de la chronologie du récit peut s’arrimer à l’histoire dès que la date de naissance d'Abraham est connue. D’abord posée en hypothèse, celle-ci s'est confirmée en dressant un parallèle avec le règne de Hammourabi. La chronologie du récit biblique colle parfaitement à la chronologie du règne de ce grand roi de Mésopotamie. On découvre enfin les véritables raisons qui ont mené à la destruction des villes de Sodome et Gomorrhe en plus de comprendre les circonstances dans lesquelles on voudra s'assurer de la parfaite loyauté d'Abraham en exigeant le sacrifice de son fils.
Compte tenu de l'ampleur et de l'impact potentiel de ces découvertes et malgré la grande quantité de preuves convergentes, il n'était pas possible d'exclure l'idée que ces concordances ne soient que le fruit d'un extraordinaire hasard. Il était nécéssaire de trouver une source d'information, complémentaire et indépendante.
On sait qu’il y a eu deux famines importantes dans la bible. La première lorsqu’Abraham arrive en Canaan et l'autre, deux générations plus tard, quand Joseph est en Égypte. Or, les arbres poussent moins vite par temps chaud et sec, leurs anneaux de croissance sont plus petits ces années-là. L'analyse des taux de croissance permet de connaître le climat de la région sur plusieurs milliers d’années. Ce sont éventuellement les données dendrochronologiques recueillies par les scientifiques de l’université Cornell sur des échantillons de vieilles poutres trouvées dans la région qui sont venues confirmer, à deux reprises, une parfaite correspondance avec les années de sécheresse relatées dans le récit.
Si l’on peut facilement spéculer à partir d’une absence de preuves, il devient vite impossible d’expliquer la concordance d’une aussi grande quantité d’informations non sélectionnées par le seul fruit du hasard. Maintenant convaincu que la preuve était écrasante, il devenait impératif de rédiger ce livre...
Les critiques semblent être d'accord.




